Poisons

« Une souris reste avec d’autres souris.

C’est pareil pour tous les animaux. »

Poisons est un one-shot chinois adapté d’un fait divers préoccupant ayant eu lieu en 2015, un drame mêlant harcèlement et précarité…

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Quelques mots sur l’auteur…

Né en 1984, Golo Zhao est un auteur de BD et de films d’animation originaire du sud de la Chine. Il crée La Balade de Yaya en 2012 en collaboration avec le scénariste Jean-Marie Omont, une série complète en 9 volumes qui se voit d’ailleurs nominée au festival d’Angoulême la même année. Il dessine par la suite Au Gré du Vent, une adaptation du film de Jingiing Bao, et Hello Viviane, son récit le plus personnel actuellement.

Dans un pays où la BD est encore fort réservée aux enfants, Golo Zhao se démarque par son attache au réel. Il souhaite présenter ses récits comme de véritables courts métrages documentaires et toucher ainsi également un public plus mature que ce qui est généralement visé dans le milieu de la BD chinoise.

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Poisons, de quoi ça parle ?

Abandonnée par sa mère, Lili, 10 ans, habite un village très pauvre situé dans le sud de la Chine. Sa grand-mère s’occupe d’elle ainsi que de ses petites sœurs mais, faute de moyen, ne parvient que difficilement à subvenir à leurs besoins.

A l’école, la gamine est rejetée par toutes ses camarades hormis Xiaoyin, une petite fille brutale souffrant d’un léger retard mental et d’une très mauvaise réputation. Lili ne supporte plus d’être isolée, brimée et victime des bêtises de sa seule « amie »… Elle prend alors une décision radicale afin de sortir de sa prison sociale.

Mon avis…

Durant tout le récit, nous suivons la détresse de la petite Lili, abandonnée par sa famille, rejetée par les autres. Il est à noté qu’en Chine, plus de soixante millions d’enfants issus d’un milieu rural précaire vivent sans leurs parents, ces derniers étant obligés de partir travailler dans les grandes villes pour nourrir leurs familles. La vie en ville s’avérant trop chère, ces enfants sont la plupart du temps confiés à un grand-parent qui vit à la campagne voire complètement abandonnés et se retrouvent donc livrés à eux-mêmes. Lili n’est donc pas un cas isolé. L’auteur souhaite, à travers son personnage, dénoncer un véritable problème sociétaire fort présent dans son pays.

Nous ressentons facilement de l’empathie pour Lili. Elle sourit peu, elle souffre en silence, abandonnée par tout le monde. Comme ses résultats scolaires sont médiocres, elle est cataloguée par les autres et sans cesse associée à une autre élève de la classe rejetée à cause de sa maladie mentale. Cette dernière martyrise Lili, lui prend son déjeuner et lui fait porter le chapeau de toutes ses bêtises… Mais elles est également la seule à lui adresser la parole. Lili aimerait tant avoir de vraies amies… mais dès qu’elle fait ne serait-ce qu’un pas vers les autres, elle se retrouve automatiquement rejetée. La gamine se retrouve donc coincée dans un cercle vicieux dont elle n’arrive pas à sortir, nous suivons sa descente aux enfers jusqu’à ce qu’elle trouve enfin une solution, une solution qui ne sera pas sans conséquences… Une solution qui nous fera frissonner et passer par de nombreuses émotions.

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L’ambiance de l’oeuvre se montre très oppressante et sombre, une impression qui est renforcée par le côté réel de l’histoire, inspirée d’un vrai fait divers. L’évolution de Lili est vraiment intéressante à suivre, elle va passer du désespoir à l’espoir, de la culpabilité au sentiment de liberté… Nous ne lisons toutefois pas ici un récit porteur d’espoir mais plutôt une mise en garde sur les dérives de l’abandon, du harcèlement et de la non-prise en charge des nombreux enfants qui vivent dans le même situation que Lili.

Le drame présenté dans cette oeuvre va beaucoup changer l’un des personnages centraux : l’enseignante. La voir prendre conscience des problèmes de Lili met du baume au cœur. Elle s’en veut de ne pas avoir été assez présente pour elle durant sa détresse mais se rattrape réellement après les événements en devenant la « grande sœur » que la gamine aurait souhaité avoir. Au final, l’institutrice fait en quelque sorte office de lueur d’espoir à la fin du récit, elle est présente pour Lili et nous sentons qu’elle compte bien être plus vigilante à l’avenir pour les enfants qui vivent des situations similaires.

En ce qui concerne le coup de crayon, Golo Zhao nous offre un trait doux, des planches 100% couleurs pourvues d’une coloration mélancolique aux tons colorés et clairs.

Poisons est édité chez Pika, au sein de la collection Pika Graphic. Il s’agit d’un grand format constitué d’un papier plutôt épais, d’une couverture cartonnée et de pages entièrement colorisées. Nous retrouvons également à la fin de l’ouvrage un petit dossier très instructif comprenant une interview de l’auteur et un document explicatif sur la situation des enfants abandonnés en Chine.

Conclusion…

Poisons est un récit à la fois émouvant et alarmant, marquant par son côté véridique. Il s’agit d’un très bel ouvrage, présentant de magnifiques planches et une intrigue prenante qui interpelle vraiment le lecteur sur le harcèlement et la précarité que vivent certains enfants. Si l’histoire de Lili se passe en Chine et dénonce un problème propre à ce pays, les thèmes et les événements restent néanmoins universels, le drame aurait tout aussi bien pu se produire dans nos contrées. Bref, une oeuvre qui a de quoi interpeller.

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