La semaine du Shôjo – Quel Shôjo conseiller à un néophyte ?

« S’il m’arrive des choses difficiles ou tristes, je t’en parlerai. Alors, toi aussi, tu dois m’en parler. C’est ça, être amies. »

Cette semaine, c’est la semaine du Shôjo organisée par le Club Shôjo. Celui-ci propose un nouvel article consacré au Shôjo manga tous les jours du 20 au 26 avril 2020, n’hésitez pas à y jeter un œil. Dans le cadre de cet événement, j’ai le plaisir d’avoir été conviée à une activité d’écriture interblog. Nous serons donc 14 blogs à rédiger un article autour de la même problématique cette semaine. La question que Club Shôjo nous a posé est la suivante :

Quel Shôjo conseillerais-tu à un débutant ?

A travers cette question, j’en suis venue à me souvenir de mon premier Shôjo et des raisons qui m’ont fait accrocher à celui-ci à l’époque. J’ai découvert cet univers en 2007 avec l’excellent Fruits Basket, un véritable pilier du Shôjo manga. Cette année-là, il s’agissait d’une oeuvre très actuelle et populaire, au même titre que le célèbre Nana. C’était un manga dont on parlait beaucoup sur les forums et sites spécialisés. Je m’identifiais facilement à certains personnages, les dessins me plaisaient beaucoup, l’intrigue était prenante et ne cessait de dévoiler de grosses révélations, la construction des personnages et les liens qui se tissaient entre eux étaient fabuleux… Fruits Basket est bien évidemment une oeuvre que je conseille à tout lecteur de mangas mais, pour un débutant, en 2020, je pense qu’une oeuvre plus au gout du jour conviendrait davantage (même s’il est vrai qu’un nouvel anime de Fruits Basket est justement en cours de diffusion, de quoi booster sa popularité en 2020). J’ai ainsi élaboré une liste de critères pour choisir un Shôjo adapté pour un néophyte.

Mes critères…

Si possible, le manga idéal pour un débutant doit :

avoir un beau coup de crayon. Quand on se lance dans le manga, on est forcément très réceptif aux dessins et les choix des premières œuvres se font très souvent grâce à l’aspect visuel. Un coup de crayon à la mode passe également mieux qu’un trait rétro pour débuter.

être actuel et se dérouler dans un environnement qui parle au lecteur. Il est plus facile de rentrer dans une histoire qui se déroule à une époque et dans des lieux familiers pour le lecteur car il peut ainsi davantage se reconnaitre dans les dialogues et les situations. En partant du principe que le débutant en question se situe dans la tranche d’âges ciblée par le Shôjo, le cadre scolaire serait le plus adapté. Les univers de fantaisie sont de bons choix également en fonction des gouts du lecteur mais, dans ce cas-ci, je vais vraiment me concentrer sur de la classique romance collégienne/lycéenne.

avoir une ambiance générale positive. Les thèmes sombres et les drames sont très intéressants mais, pour un débutant, je trouve plus judicieux de proposer du contenu plutôt bienveillant pour démarrer histoire de ne pas le déprimer voire de le dégouter des mangas. Il ne faut pas que l’histoire soit trop édulcorée non plus mais je pense qu’il vaut mieux éviter de conseiller trop rapidement des Shôjos durs et violents comme Life par exemple.

proposer des personnages construits. Il faut absolument que les personnages soient variés et développés de sorte à ce que le lecteur s’y attache facilement et puisse s’y identifier. Les personnages doivent paraitre humains avec leurs qualités et leurs défauts tout en ayant des réactions naturelles et cohérentes.

Sur base de ces critères, j’ai choisi de mettre en avant et de conseiller le manga suivant :

Love, Be Loved Leave, Be Left

Quelques mots sur la mangaka…

Io Sakisaka est une autrice que je suis depuis 2011, j’avais eu un gros coup de cœur pour sa première série : Strobe Edge. J’ai, par la suite, acheté chacune de ses séries dès leurs sorties respectives en France. Elle possède un coup de crayon poétique, pétillant et doux qu’aucune adaptation animée n’arrive à totalement égaler. Io Sakisaka écrit essentiellement des romances collégiennes/lycéennes. Si les thèmes de ses œuvres semblent très classiques, l’atmosphère très « pastel » de ses univers et les personnages hauts en couleurs qu’elle élabore apportent une certaine particularité à ses travaux. C’est classique mais ça sort du lot. Les personnages sont généralement développés et évoluent de manière cohérente au fil de ses récits. Les émotions sont transmises avec brio lors des lectures. En France, ce sont les éditions Kana qui publient les séries de cette autrice. Nous pouvons donc retrouver, dans leur catalogue : Strobe Edge, Blue Spring Ride, Love Be Loved Leave Be Left et Short Love Stories.

Love, Be Loved Leave, Be Left ; de quoi ça parle ?

Tandis que Yuna doit faire ses adieux à sa meilleure amie qui déménage, elle fait la surprenante rencontre d’Akari, la nouvelle résidente de son immeuble. Alors que tout les oppose, l’une plutôt timide et fleur bleue, l’autre plutôt extravertie et réaliste ; elles vont peu à peu lier une puissante amitié et confronter leurs visions de l’amour respectives ô combien différentes.

Pourquoi ce choix ?

Love Be Loved Leave Be Left se centre sur un quatuor haut en couleurs constitué d’une palette de personnages variés : Yuna, la timide, Inui, l’ami d’enfance prévenant mais mystérieux, Akari, la décontractée, Rio, le prince charmant pas si charmant. C’est vraiment la relation entre ces quatre personnages, les liens qui vont se tisser entre eux et les changements qu’ils vont provoquer les uns chez les autres qui sont intéressants à suivre dans cette série. Ils vont en quelque sorte chacun combler leurs lacunes grâce aux autres. Si ces lycéens ont des allures clichées, cette idée se retrouve vite éclipsée par leurs développements et évolutions psychologiques qui ne restent pas en surface.

En plus de traiter de romance, ce manga construit également une très belle histoire d’amitié, une relation à travers laquelle beaucoup se reconnaitront. Les meilleures amies inséparables, c’est universel. Beaucoup de Shôjos se concentrent davantage sur la romance que sur l’amitié. Love Be Loved Leave Be Left est très équilibré à ce niveau-là, c’est une force. La relation de confidence entre Yuna et Akari est proche de ce qu’on peut retrouver dans la réalité au sein d’un duo d’amies. Elles se soutiennent, se défendent, s’inquiètent l’une pour l’autre, se confient leurs secrets… même si Akari est plutôt du genre à garder ses problèmes pour elle. Il est amusant de remarquer leurs oppositions de points de vue et de pensées souvent mises en parallèle. Elles ne se comprennent pas toujours, quand l’une attend sa rencontre avec le prince charmant et que l’autre choisit ses relations amoureuses avec rationalité sans véritable passion, forcément, la communication n’est pas facile. Néanmoins, chacune va apprendre de l’autre et évoluer.

Loin du Shôjo frustrant qui tourne autour du pot pour seulement mettre en couple ses personnages à la toute fin de son récit, des couples seront ici formés avant la fin de la série. Un bon point qui ouvre un plus large panel de situations à exploiter. D’ailleurs, la série n’est pas encore terminée chez nous, 9 volumes sont sortis sur les 12 pour l’instant ; ce qui nous donne une série ni trop courte ni trop longue et accessible avec un budget plutôt raisonnable.

L’ambiance générale du manga est très lumineuse. La lecture des tomes met de bonne humeur, les personnages sont attachants et leurs émotions se transmettent facilement au lecteur. Bien sûr, les protagonistes ont leurs problèmes et leurs états d’âme qui ne sont pas toujours des plus joyeux, ils vont souvent se remettre en question, réfléchir sur leurs situations… mais cela finit toujours par déboucher sur du positif. C’est une lecture qui donne le sourire.

Le coup de crayon propre à la mangaka a un charme fou. Les planches sont très agréables à regarder grâce aux visages des personnages, les yeux en particulier, qui sont plutôt travaillés. Le seul bémol réside en des décors trop épurés, un défaut cela dit vite oublié, éclipsé par la profondeur des regards de Rio et Inui.

Autres idées ?

Le manga que je viens de vous présenter ne représente évidemment qu’une seule facette du Shôjo, celle qui est, selon moi, la plus courante. Cependant, le Shôjo couvre un domaine très vaste et de nombreux genres. Je vous ai donc préparé également une petite sélection de bons Shôjo mangas en fonction de certaines thématiques.

Romance adulte et handicap

Perfect World raconte l’histoire d’amour compliquée entre deux jeunes adultes, les principaux obstacles qu’ils rencontrent sont liés au handicap moteur du personnage masculin qui ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant. Il s’agit d’un manga émouvant proposant des situations de la vie active, ce qui change des romances lycéennes qu’on retrouve majoritairement dans le Shôjo. De plus, les réflexions autour des problèmes et conséquences liés au handicap apportent un gros plus à l’oeuvre. C’est original et enrichissant. Si vous voulez en savoir davantage, j’ai déjà écrit une critique sur les premiers tomes ici : lien. Je reprochais seulement à la série de trop s’étirer en longueur mais après lecture du tome 10, j’ai changé d’avis car celui-ci relance vraiment l’intrigue avec force et émotions, j’en ai même pleuré ! On qualifie sinon ce genre de Shôjo de Josei, un terme qui signifie « jeune femme », pour mettre en évidence le contexte plus « adulte » de l’oeuvre.

Drame et triangle amoureux atypique

Don’t Fake Your Smile est un Shôjo très récent, un seul tome est disponible pour l’instant. Il affiche déjà néanmoins certaines particularités prometteuses et intéressantes. Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un triangle amoureux classique dans le sens où l’un des deux garçons du triangle n’est pas hétérosexuel et est amoureux de son ami en cachette. Je trouve ça vraiment intéressant de pouvoir retrouver davantage de relations homosexuelles dans les Shôjo, ce qui est d’ordinaire plutôt limité aux Yaoi/Yuri. En plus, une grosse partie de l’intrigue va vraiment se centrer sur ce personnage, sur son coming out, ses états d’âme… C’est un protagoniste vraiment très prometteur. La deuxième particularité de ce Shôjo est plutôt dramatique vu qu’elle consiste en une agression du personnage féminin central. En effet, cette dernière va être attaquée par un inconnu en rentrant chez elle le soir, ce qui va entrainer de nombreuses conséquences et permettre d’explorer les mécanismes du traumatisme dans le manga. C’est une oeuvre que je conseille donc pour son ambiance à la fois joyeuse et sombre et ses thématiques qui sortent des sentiers battus.

Fantastique et émotions

Orange fait partie des plus récents best-sellers du Shôjo avec un concept fantastique très original. Imaginez qu’un matin vous recevez une lettre de vous-même en provenance de dix ans dans le futur, une lettre qui décrit tous les événements des prochains mois et qui vous indique des actions à suivre, comment réagissez-vous ? Dans ce manga, nous suivons les personnages sur plusieurs temporalités dont celle du passé où ceux-ci se trouvent au lycée, très désorientés par les fameuses lettres. C’est une oeuvre qui parle de remords mais aussi des causes à effets. Très vite, elle dévoile des enjeux très importants et offre un gros lot d’émotions. C’est un Shôjo incontournable, terminé en seulement 6 volumes.

Conclusion…

Je vais clôturer cet article ici. J’ai essayé au maximum de proposer des titres récents et accessibles. J’aurais pu conseiller de vieux monuments du Shôjo comme Fruits Basket, Nana, Full Moon, Mars, etc. Cependant, je me suis dit que d’autres ne manqueraient pas d’en parler et puis, j’avais vraiment envie de mettre des nouveautés en avant.

Je remercie Club Shojo de m’avoir conviée à cet événement interblog, j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire cet article et j’ai hâte de lire ceux des autres participants !

Les articles des autres participants :

L’apprenti Otaku

Le chapelier fou

L’antre du boiteux

Mirrors

L’Antre de la louve

Le blog de l’apprenti Otaku

Book-trotter

Bright open World

Heaven Manga

Ma petite Médiathèque

Miyuneko

Moonyko

Royaume des histoires

Shiawase

10 thoughts on “La semaine du Shôjo – Quel Shôjo conseiller à un néophyte ?

  1. Ce sont de très bons critères en effet. Je n’ai toujours pas lu Love, Be Loved Leave, Be Left alors j’en prends bonne note ! 🙂
    J’ai lu Perfect World mais ce n’est pas le titre qui m’a le plus touché même si je le continuerai sans aucun doute.
    Don’t Fake Your Smile me tente bien.
    Et j’ai adoré orange !

    1. Pour Perfect World, je dois avouer que je commençais à décrocher, je me demandais ce que la mangaka avait encore à raconter après le tome 9. Puis, le tournant qu’a pris le tome 10 m’a totalement happée, j’en ai même pleuré ! Malgré quelques passages un peu plats, Perfect World reste quand même plutôt de bonne qualité dans sa globalité.
      Don’t Fake Your Smile a beaucoup de potentiel, je trouve ! Je suis assez curieuse de lire la suite ! Sur le thème de l’agression, il y a aussi Sayonara Miniskirt que j’ai lu il y a quelques jours, qui traite de sexisme et du monde des idols, qui m’a vraiment emballée aussi !

  2. Bonjour,

    Alors, je n’ai toujours pas lu les œuvres de Io Sakisaka, mais « Blue Spring Ride » me tente grandement, depuis que j’ai vu l’adaptation animée !

    « Orange » reste marquant pour sa profonde détresse et cette ambiance sombre qui s’en découle. Concernant « Perfect Wolrld » celui-ci me tente bien, mais j’ai du mal à être réceptif au chara-design.

    1. Bonjour, Euphoxine.
      Que ce soit Blue Spring Ride ou toute autre oeuvre d’Io Sakisaka, je ne peux que te la conseiller. Cette autrice a vraiment un style bien à elle et arrive à transformer du classique en merveille. En plus, si tu passes de l’anime au manga, tu risques d’être très positivement surprise du charadesign, le style visuel de l’anime est vraiment plat et banal à coté de la vraie patte graphique d’Io Sakisaka sur papier ! 😉
      Pour Perfect World, je te comprends, je trouve également souvent le coup de crayon assez impersonnel, je ne lui trouve pas de particularité spécifique. Malgré tout, le manga reste globalement assez harmonieux. Et puis, c’est surtout les thèmes abordés qui sont intéressants et sortent du lot dans Perfect World.

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