Elle ne rentre pas, celle de mon mari Vol.1

« Vous arrivez à faire rentrer votre queue, et alors ? Nous, on n’est pas unis que par le sexe… ! »

Je vous rassure tout de suite, il n’est certainement pas ici question d’une oeuvre pornographique mais bien de la mise en scène d’un réel mal qui touche une partie de la population féminine, un tabou dont on ne parle pas assez alors qu’il représente un véritable handicap physique et social pour les femmes concernées.

Adapté d’un roman autobiographique, ce manga dépeint avec justesse l’état psychologique des protagonistes ainsi que leurs réactions vis-à-vis de la société et du « moule » qu’elle peut imposer.

« Elle ne rentre pas, celle de mon mari », un titre qui a provoqué rires et grimaces au sein de mon entourage, fait pourtant partie de mes coups de cœur « nouveauté » de ce début d’année, je vous explique pourquoi ci-dessous.

Vous pouvez retrouver l’adaptation cinématographique sur Netflix sous le titre

« My Husband won’t fit ».

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Elle ne rentre pas, celle de mon mari ; de quoi ça parle ?

Désireuse de quitter un climat familial nocif, Sachiko Torii décide de quitter sa campagne natale pour entrer à l’université. Dans sa résidence, elle fait la connaissance de Shin Kuramoto, un étudiant de deuxième année qui prend rapidement l’habitude de s’incruster chez elle. Ils apprécient passer du temps ensemble et finissent rapidement par sortir ensemble. Tout semble parfait mais, malheureusement, un couac se produit alors qu’ils veulent s’unir charnellement pour la première fois, impossible de faire l’amour. De là, Sachiko se retrouve assaillie de doutes et d’angoisses : « Suis-je normale ? »

Mon avis…

Le sujet « tabou » que ce manga aborde est rarement, pour ne pas dire « jamais », évoqué dans le média. Une femme qui ne parvient pas à être pénétrée, cela peut sembler étrange et pourtant, une petite partie de la population est touchée par ce cas de figure, très peu en parlent à cause de la société et du regard qu’elle peut porter sur ce handicap. Selon moi, même si le terme exact n’a pas encore été employé dans ce premier volume, Sachiko souffre de vaginisme. Ce dernier est un processus psychophysiologique complexe qui empêche toute pénétration vaginale. Il s’agit d’un réflexe inconscient qui crée une contraction, le vagin se ferme, comme une paupière pour protéger l’œil d’un insecte. Rien ne peut entrer sans provoquer d’intenses douleurs. Il s’agit d’un problème complexe à résoudre qui nécessite généralement la consultation d’un sexologue. La protagoniste réunit, en tout cas, les conditions d’un cas de vaginisme et, même s’il ne s’agit pas de cela, nous avons de toute façon affaire aux mêmes conséquences physiques et psychologiques.

Ce sujet « osé » est traité à travers Sachiko, un reflet de l’autrice du roman autobiographique d’origine. Elle est présentée comme une jeune femme très sage et prude, qui a peu confiance en elle et qui éprouve des difficultés à se faire des amis. Elle est extrêmement attachante par son côté authentique et ses pensées très naturelles. Elle qui a l’habitude d’être seule, là voilà liée à un jeune homme un peu sans-gêne dès le début de sa nouvelle vie d’étudiante. Elle semble aux anges, au milieu d’un rêve qui se réalise… Ce qui ne rend sa déception que plus forte lorsque celui qu’elle aime ne parvient pas à lui faire l’amour.

Sachiko développe une obsession pour ce problème. Elle cherche une réponse mais ne trouve rien sur internet. Elle se demande si elle est normale et culpabilise, elle ne connait personne qui vit pareille situation et son entourage ne semble pas assez ouvert pour qu’elle puisse se confier. Elle a peur du regard des autres à l’heure où le sexe est une « obligation » dans un couple, personne ne conçoit un couple sans cet aspect. Avec Shin, ils sont complices, se taquinent, aiment passer du temps ensemble… Mais est-ce suffisant pour lui ? Et puis, la pression sociale est si forte… De quoi renforcer le mal-être de Sachiko.

« On dirait un frère et une sœur… »

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En plus de la pression sociale, le manga pointe un autre souci : la communication au sein d’un couple. Dans ce premier tome, j’ai senti une sorte de distance par rapport au problème de la part de Sachiko et Shin. Ce dernier en parle peu, ne la force pas. Il lui demande juste de combler ses envies d’une autre manière. Sachiko, quant à elle, n’ose pas lui avouer qu’elle avait déjà eu un rapport sexuel avec un autre homme, alors qu’elle était au lycée, une expérience assez traumatisante. Elle culpabilise tellement de ne pas être « comme les autres » qu’elle suit toujours les envies de Shin sans jamais parler des siennes, en tout cas, pas avant la dernière page du tome. Le couple semble bien s’entendre mais le tabou pesant parait les éloigner. Shin ne lui reproche rien mais il ne la rassure pas non plus… Beaucoup de non-dits, d’inférences…

Les scènes érotiques mettent d’ailleurs bien en évidence ce malaise, mettant en lumière un langage corporel peu assuré ainsi que des mimiques crispées et déçues. Ces planches ne sont pas vulgaires, au contraire, elles sonnent assez justes et réalistes, loin du « fantasme » que nous pouvons retrouver dans un hentai.

Le grain de folie du manga réside plutôt dans certains passages drôles et absurdes comme certaines métaphores très visuelles et amusantes du problème voire certains moment de complicité étranges mais mignon entre le couple. Il s’agit de nombreux moments qui détendent l’atmosphère. Il ne faut, en effet, pas croire que ce manga ne parle que de drame, nous assistons également à de nombreux instants heureux entre Sachiko et Shin. De plus, le manga aborde également le passage de la vie d’étudiant à la vie active et de ce qui en découle, un sujet très intéressant également.

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En ce qui concerne le coup de crayon, la mangaka nous offre un trait doux, léger et arrondi avec un joli côté « crayonné ». Les émotions sont particulièrement bien retranscrites sur les visages de ses personnages. Les décors sont également très agréables à regarder.

Côté édition, le Lézard Noir nous offre son format classique, c’est-à-dire un peu plus grand que le format commun et classique du manga en général, et pourvu de papier épais. Petit coup de cœur pour la couverture que je trouve particulièrement poétique avec son contraste de couleurs et son côté très métaphorique.

Conclusion…

« Elle ne rentre pas, celle de mon mari » aborde avec justesse et authenticité un problème tabou. En plus d’être une source de réconfort pour les femmes concernées, il est également très instructif et dénonce une pression sociale omniprésente et anormale tout en explorant un jeune couple qui évolue aux portes de la vie active. Il s’agit d’un manga qui m’a beaucoup touchée et que je conseille aux lecteurs de plus de 16 ans, il n’est évidemment pas à confier entre toutes les mains. J’attends avec impatience le deuxième volume en tout cas, un des démarrages « manga » de ce début d’année qui m’a le plus emballée !

2 thoughts on “Elle ne rentre pas, celle de mon mari Vol.1

  1. Article très intéressant pour un manga qui donne envie.
    J’avoue que je n’avais jamais entendu parler du vaginisme. C’est un mal curieux et probablement assez malaisant dans une atmosphère où on est jugé dès que l’on dit qu’on refuse de coucher avec la première venue…
    Je l’achèterais et écrirais un article sur ce manga si je tombe dessus ! ^^

    1. Merci !
      En effet, personne n’en parle et les femmes qui le vivent ne le crient pas sur tous les toits forcément. C’est un problème dont beaucoup de gens ignorent l’existence du coup, je trouve ça dommage. C’est la raison pour laquelle les femmes qui se découvrent un vaginisme sans savoir ce que c’est se retrouvent aussi perdues que Sachiko… :/

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