Sayonara Miniskirt Vol.1

« Z’avez qu’à mettre des pantalons ! (…) Au final, vous cherchez à nous draguer en vous sapant comme ça, pas vrai ? Avec vos jupettes ! »

Après nous avoir bouleversés en 2011 avec The End of The World, une romance dramatique évoluant au cœur d’une problématique liée au harcèlement sortie chez Panini, Aoi Makino et ses beaux yeux sont de retour en France neuf ans plus tard, chez Soleil cette fois-ci, avec Sayonara Miniskirt, un titre qui s’annonce plutôt marquant, s’attaquant à de lourdes thématiques : le sexisme et le monde des idoles.

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Sayonara Miniskirt, de quoi ça parle ?

Après avoir été agressée par un de ses fans, Nina, la leader de son groupe d’idoles, décide de quitter le milieu artistique. Son agresseur n’ayant pas été retrouvé, elle vit dans l’anonymat sous une autre identité. Traumatisée, elle fait le choix de porter l’uniforme masculin de son lycée, rejetant sa féminité qu’elle estime être la cause de son agression…

Mon avis…

J’avais adoré l’ambiance très sombre et dramatique de The End Of The World alors je suis plutôt contente de pouvoir lire ce nouveau titre qui s’annonce faire partie de la même veine. Dans Sayonara Miniskirt, nous suivons une jeune fille brisée qui a perdu son identité, ses rêves, ses joies… Traumatisée par un fan psychopathe qui lui a lacéré le bras avec un couteau, elle vit dans une bulle, effrayée par l’extérieur. Elle coupe ses longs cheveux, s’habille comme un garçon, se montre froide avec ses camarades. Elle cherche inconsciemment à se protéger en rejetant les autres, en rejetant ses anciens rêves, en rejetant ce qu’elle était : une icône de la féminité et de la mignonnerie. Ainsi, le récit s’alterne de temps à autres entre événements présents et vestiges de son passé. La différence de caractère entre les deux époques est flagrante. Nina semble être passé d’un extrême à un autre… Va-t-elle se stabiliser et trouver un équilibre, (re)trouver sa véritable identité ? J’ai beaucoup aimé cet aspect psychologique lié au traumatisme et à l’identité, j’ai hâte de découvrir la tournure de son développement même si Nina évolue déjà beaucoup tout au long de ce premier volume.

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En effet, alors que son armure semble la préserver du contact social, Hikaru, un camarade de classe, membre du club de judo, la reconnait en tant qu’idole et se rapproche d’elle. Il s’avère que sa petite sœur admirait Nina et que cette dernière l’avait inconsciemment aidée à se remettre d’une dépression. Hikaru et Nina vont devenir très proches, cette dernière développe même des sentiments pour lui. Elle le trouve différent, il ne semble pas aussi pervers que les autres lycéens qui la dégoutent, il la protège et prend sa défense… Elle va peu à peu s’ouvrir à lui et retrouver une part d’elle, une part qu’elle avait perdue. Malheureusement, le traumatisme est toujours là, son agresseur court encore dans la nature… Et s’il l’avait retrouvé ? Ou pire… Et si cet agresseur et Hikari étaient en réalité la même personne ? Comment accorder sa confiance aussi facilement alors que cela pourrait la mettre en danger ?

La narration et le découpage des planches font d’ailleurs tout pour nous faire douter en tant que lecteur. Beaucoup de personnages paraissent louches, le manga instaure un véritable climat de suspicion. L’agresseur est plusieurs fois visible au cours du premier volume, le visage dissimulé. Si ses motivations paraissent claires, nous nous posons de nombreuses questions quant à son identité… puis, de bons et mauvais indices sont éparpillés au cours du récit. L’autrice espère sans doute nous faire tourner en bourrique et nous surprendre. Je suis plutôt curieuse, j’ai déjà établi quelques hypothèses.

En dehors de la trame scénaristique principale, l’oeuvre cherche également à dénoncer des actes de sexisme à travers diverses situations, notamment en mettant l’attouchement dans les transports en commun sur la table. Aoi Makino présente un personnage féminin très intéressant qui va, d’ailleurs, se trouver au centre de la problématique : Miku. Cette dernière, c’est la fille mignonne, populaire et hypocrite qui porte des jupes courtes et qui déclare, grosso modo, qu’il est « normal » qu’un homme touche ses cuisses et que ce n’est pas grave ; des propos qui lui donnent la cote auprès des lycéens qui se servent de cela pour dévaloriser les filles qui préfèrent utiliser les nouveaux wagons réservés aux femmes. Ces moqueries découragent les filles sensibles et victimes d’attouchement, elles n’osent pas se rendre dans les wagons réservés à cause de cela, quitte à subir, encore et toujours, les mains baladeuses du wagon mixte… L’adolescence est une période fragile et un climat pareil peut facilement contraindre à se plier face à l’opinion générale ; ceci dans le but de se faire accepter. Si Miku cause beaucoup de problèmes dans ce premier volume, ses motivations restent, quant à elles , plutôt floues. Ce qui est certain, c’est qu’elle cache quelque chose… un personnage qui a du potentiel.

« Une honte, cette fille… Faire tout un foin pour un truc aussi ridicule… Et voilà pourquoi les mochetés resteront toujours des mochetés. »

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Le titre semble également vouloir dénoncer les conditions obscures du monde des idoles, dépeignant les règles strictes que doivent respecter les idoles. Nina reste en contact avec ses amies du groupe mais le sont-elles réellement ? Une discussion entre sa meilleure amie et son ex-manager en fin de volume nous laisse perplexe… La face caché de l’univers des idoles sera donc très certainement davantage développée dans la suite de l’intrigue, une suite qui s’annonce d’ailleurs fort sombre, en témoigne une voix OFF très pessimiste en provenance du futur…

En ce qui concerne le coup de crayon, je dois reconnaitre que j’apprécie beaucoup le style de l’autrice. Ses personnages ont des bouilles angéliques, le travail qu’elle réalise sur leurs yeux est épatant et nombre d’émotions s’y reflètent. De manière plus générale, sa patte graphique est plutôt détaillée et très mignonne. J’aime beaucoup le contraste du côté « mignon » de ses dessins avec les thèmes sombres et dramatiques qu’elle aborde dans ses œuvres.

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Côté édition, nous avons affaire à un format classique et de bonne qualité proposé par Soleil. De magnifiques triangles argentés reluisent à la lumière sur la couverture, ce qui la rend assez unique et vraiment très belle tout en faisant écho aux paillettes de l’univers du spectacle. Si je préfère personnellement la typographie utilisée sur la couverture originale qui est plus sobre, je comprends néanmoins le choix de Soleil qui propose une police plus girly et colorée avec un effet de lumière, c’est en raccord avec l’univers des idoles, une adaptation qui est donc pertinente.

Conclusion…

Le premier volume de Sayonara Miniskirt annonce une série riche, dramatique et prometteuse ; s’ouvrant à de nombreux thèmes intéressants comme le sexisme, le monde des idoles, le traumatisme, la quête identitaire… De plus, ce manga instaure un climat propice à la réflexion et à l’élaboration d’hypothèses tout en nous proposant une intrigue passionnante qui pourrait peut-être bien se rapprocher d’un genre policier à l’avenir. Il me tarde de lire la suite, l’histoire est vraiment prometteuse. Je ne pense pas être déçue vu l’excellent travail qu’avait effectué Aoi Makino sur The End of The World. Bref, un titre prometteur à essayer !

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