Moon Lost, une nuit sans lune

« Parfois, on a le terrible pressentiment d’être sur le point de perdre quelque chose. Cette nuit-là, j’ai découvert cette sensation. »

Après 2001 Nigths Stories chez Glénat, Le Trou Bleu chez Casterman et Rain Man chez Panini ; Yukinobu Hoshino, un auteur connu au Japon pour sa hard SF, revient en France il y a tout juste un an chez Black Box avec deux titres : Kamunabi et Moon Lost. Après avoir lu ce dernier, j’ai eu envie de développer mon avis sur cette lecture qui m’a particulièrement marquée : une première expérience avec la hard SF que j’ai fort appréciée et qui m’a rendue curieuse vis-à-vis des autres œuvres de l’auteur. Malheureusement, celui-ci ne semble pas rencontrer un succès phénoménale dans nos contrées, en témoignent son énorme bibliographie japonaise peu exploitée par les éditeurs français et le manque d’intérêt qu’ont rencontré ses quelques titres édités chez nous. J’espère donc peut-être faire découvrir cet auteur méconnu mais talentueux aux fans de SF à travers ma critique de Moon Lost.

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Moon Lost, de quoi ça parle ?

Alors que la Terre est menacée par un énorme astéroïde, une équipe d’astronautes qualifiés a pour mission de le détruire avant qu’il n’atteigne la planète. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et la lune se fait engloutir avec l’astéroïde…

Quinze ans plus tard, l’humanité, meurtrie par les conséquences climatiques et les catastrophes naturelles qu’ont engendrées l’absence de la lune, lance un nouveau projet : celui de récupérer une nouvelle lune !

Mon avis…

Avec le confinement et la fermeture des librairies, je me suis dit que c’était une excellente occasion pour commander et découvrir des mangas sur le site de Black Box Editions. Cela faisait justement un moment que certains titres du catalogue de cet éditeur me tapaient dans l’œil. Alors que je remplissais mon panier, je suis tombée sur Moon Lost dont les couvertures m’ont directement fait forte impression ! Je me suis tout de suite renseignée sur le titre et il s’est avéré que je venais justement de lire une critique très intéressante sur 2001 Nigths Stories du même auteur. Etant donné que la série ne comptait que deux volumes et que l’espace est un domaine que je trouve passionnant, j’ai craqué en ajoutant cette petite série à ma commande… et je ne le regrette pas !

Tout débute par une catastrophe dont toute l’humanité se retrouve témoin, impuissante. Lors d’une mission de sauvetage de la Terre menacée par un astéroïde dévastateur, la lune, prise en dommage collatéral, se désintègre… Cette scène effroyable se vit de manière particulièrement intense grâce aux nombreux plans imposants représentant les étapes de la destruction du satellite ainsi qu’aux nombreuses réactions désespérées des hommes et femmes face à cette perte inimaginable. Si l’intrigue principale se déroule quinze ans après ce tragique événement, nous découvrons déjà les trois protagonistes, tels qu’ils étaient en vivant cette situation. Ainsi, nous faisons la connaissance de Judith, la fille d’une astronaute française célèbre qui se trouvait sur la lune au moment de l’incident, de Frost, le scientifique anglais à l’origine de la mission de sauvetage de la Terre ainsi que celle d’un Américain, au départ inconnu pour le lecteur, qui se retrouve confronté à un drame quelques temps après la disparition de la lune. J’ai trouvé cette introduction vraiment très réussie car, en plus de proposer un début d’intrigue prenant et digne des plus grands films de catastrophe, elle permet aussi de créer une certaine attache entre les personnages principaux et le lecteur. Cette introduction plonge directement le lecteur dans le bain.

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Ce n’est donc qu’après une ellipse de quinze ans que démarre l’intrigue. Nous retrouvons une Judith très différente qui a gagné en assurance et qui a marché sur les pas de sa mère en devenant, elle aussi, astronaute. Un nouveau projet dont elle fait partie voit le jour, un projet qui a pour but de sauver l’humanité. En effet, depuis que la lune n’est plus là, la Terre est instable. Son axe de rotation ne cesse de bouger, ce qui entraine de plus nombreuses catastrophes naturelles et un déplacement continu de toutes les zones climatiques. Une partie de l’Amérique est ainsi devenue le nouveau pôle Nord et une partie de l’Europe se retrouve inondée à cause des fontes des glaces accélérées. Il est impossible de rebâtir une civilisation sur d’autres zones géographiques étant donné que l’axe de rotation de la Terre continue de se déplacer, entrainant un changement continuel des zones climatiques. C’est ainsi qu’un nouveau plan est mis en marche, il consiste à arracher l’un des satellites de la planète Jupiter, Europa, pour que celui-ci remplace la lune disparue et stabilise l’axe de rotation de la Terre.

L’intrigue se focalise donc sur cette folle expédition spatiale, un espoir incertain pour l’humanité. L’équipage de Judith doit faire face à de nombreux imprévus et retournements de situation qui donnent du rythme à cette oeuvre jusqu’à arriver à l’aboutissement ou à l’échec de la mission. Si le récit m’a vraiment intéressée, je déplore tout de même un enchainement trop rapide. Les événements se succèdent en effet à une vitesse folle, il y a peu de temps morts pour mettre en évidence les relations et personnalités des divers personnages, nous passons directement d’un point A à un point B lors des voyages spatiaux alors que cela équivaut certainement à des semaines voire à des mois en terme pour accomplir ses trajets. J’ai beaucoup apprécié les personnages principaux et je me sens donc un peu frustrée de ne pas en savoir encore davantage sur eux ainsi que sur les membres d’équipage secondaires, peut-être qu’un troisième tome aurait pu permettre un plus profond développement des personnages et des thèmes abordés. Ceci dit, cela ne m’a pas empêché de passer un agréable moment de lecture, l’intrigue est vraiment bien ficelée en deux tomes. De plus, privilégier les raisonnements scientifiques au détriment des personnages est une caractéristique de la hard SF.

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Durant tout le récit, le jargon scientifique s’avère d’ailleurs complexe, il faut s’accrocher pour tout comprendre mais les grandes lignes sont facilement assimilables, précisons que je n’ai jamais eu l’esprit scientifique et que je m’en suis sortie, si ça peut en rassurer. Toutes les théories mises sur la table m’ont d’ailleurs semblé très intéressantes. L’espace est un domaine qui me fascine avec toutes ses facettes encore incomprises, inconnues, inexplorées… J’ai donc fort apprécié en apprendre davantage de cette manière.

Autrement, j’ai adoré les thèmes abordés durant le récit comme le parallèle avec la mythologie grecque, la vie extraterrestre et les relations internationales. Les nations du monde se serrent les coudes et contrairement à nombre de films hollywoodiens, l’Amérique est loin de jouer le beau rôle. Au contraire, Yukinobu en dresse un portrait nombriliste et peu flatteur. Quant au Japon, le pays de l’auteur qui pourrait être mis en avant par patriotisme, il n’est évoqué que de manière anecdotique. Ici, c’est vraiment l’Europe qui se retrouve sous les feux des projecteurs, soutenue par l’Irak et les pays de l’est. Des divergences d’opinions entre différentes nations et complots mettront tout de même la mission principale à rudes épreuves.

En ce qui concerne le coup de crayon, je dois avouer avoir été totalement séduite par la patte de Yukinobu, pas ses magnifiques personnages aux traits plutôt détaillés et réalistes et par ses décors incroyables, ses paysages de l’espace notamment. C’est un énorme coup de cœur pour le dessin !

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Du côté de l’édition, Black Box nous offre deux magnifiques livres en grand format aux couvertures vernies, ceux-ci sont à la fois durs et souples. Nous avons même droit à une double fresque formée par les deux volumes. Les deux premières de couvertures se complètent et les deux tranches forment ensemble une illustration représentant Judith. Il s’agit d’une édition de très haute qualité ! Seul petit défaut : certains mots se situant en bord de page sont partiellement coupés. Cela n’handicape cela dit en rien la lecture.

Conclusion…

Moon Lost propose une intrigue très bien ficelée en deux tomes. Le potentiel que propose ce manga est si intéressant qu’il m’a donné envie d’en avoir plus. J’aurais aimé plus de tomes pour une plus profonde exploitation des thèmes. Même avec le peu de passages consacrés au développement de ses personnages, l’auteur a tout de même réussi à m’attacher à Judith et Frost, je trouve ça assez impressionnant… En fait, j’aurais voulu que l’histoire continue ! Bref, cette lecture m’aura donné envie de découvrir davantage de titres du genre et de Yukinobu Hoshino tout en m’offrant un voyage plutôt divertissant que je ne pense pas oublier de si tôt !

2 thoughts on “Moon Lost, une nuit sans lune

  1. Merci pour cette critique qui donne envie de s’y plonger.

    D’après ce que j’ai lu, les premiers chapitres sont sorti vers 2002/2003 et il a fallu attendre dix ans avant que les deux volumes ne soit édité.

    1. Oui et ce n’est pas un cas isolé. De nombreux mangas n’arrivent parfois chez nous que des années voire des dizaines d’années après leurs publications japonaises. Enfin, je préfère ça à l’idée de ne jamais avoir accès à ces titres du tout. Malheureusement, vu la vaste quantité de mangas, il est sûr que certains titres ne seront jamais édités chez nous… 🙁

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