Litchi Hikari Club

« Notre club connait enfin la lumière ! Nous avons réussi à capturer une jolie fille. »

Le manga Litchi Hikari Club est l’adaptation d’une pièce de théâtre de 1985, proposée par la compagnie Tokyo Grand Guignol, réputée pour ses sujets violents, crus. Usamaru Furuya, qui était à l’époque lycéen, est tellement subjugué et fasciné par cette pièce qu’il se fixe pour objectif d’entrer dans cette fameuse troupe de théâtre. Malheureusement, cette dernière est dissoute avant qu’il ne puisse réaliser son rêve. Les regrets de l’auteur donnent alors naissance à son adaptation manga de Litchi Hikari Club en 2006.

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Litchi Hikari Club, de quoi ça parle ?

Dirigé par Zéra, un club de collégiens nommé « Hikari Club » se réunit tous les soirs dans un repaire secret. Leur objectif est de construire un robot capable de kidnapper une jolie jeune fille. La folie est omniprésente dans cette secte, tous vouent un culte inébranlable au chef, inquisiteur de bien des atrocités… Enfin, presque tous…

Mon avis…

Litchi Hikari Club est une lecture qui prend véritablement aux tripes ; ce au sens propre comme au figuré. Dès le « lever de rideau », nous nous retrouvons directement plongés dans un univers loufoque et chaotique où tout semble possible, des plus infimes crimes aux pires atrocités. Nous découvrons des collégiens formatés, tels de braves petits soldats obéissants, à la botte d’un petit Hitler en puissance : Zéra. L’ambiance bascule dans le surréalisme lorsque, alors qu’ils viennent de capturer un adolescent et une enseignante qui les espionnaient, chaque membre du club propose une idée de punition mortelle. Le chef choisit sa préférée, puis, les soldats s’exécutent… Nous assistons ainsi à des meurtres dès le premier chapitre, des meurtres cruels qui annoncent la couleur pour la suite de l’histoire.

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« Vous n’avez pas le droit de me faire ça ! »

La justice semble quasiment absente de cet univers. Ces jeunes enfants commettent des atrocités sans aucune peur de représailles, comme s’ils se trouvaient protéger dans une bulle, coupée de la société. Pas de trace de la police, encore moins des parents… Juste des enfants rejetés qui se sont réfugiés dans un monde qui leur appartient, un monde où ils ne peuvent pas vieillir, un monde dont ils sont maitres. Le manga ne se concentre que sur les événements internes du club. Ainsi, nous assistons petit à petit à l’auto-destruction de celui-ci. En effet, si Zéra se revendique comme le messie et anticipe à la manière du Christ la trahison de l’un de ses subalternes, nous nous rendons compte que chaque membre possède son caractère distinct ainsi que ses propres objectifs, des objectifs qui vont se confronter et donner naissance à un véritable carnage. Voir leur club glauque et malsain s’effondrer au fur et à mesure de l’intrigue offre un sentiment de satisfaction, comme si le karma se mettait en marche. Cela dit, certaines scènes sont vraiment très violentes et gores, j’en ai eu quelques haut-le-cœur. J’ai même repensé à certains passages avant de me coucher, après ma lecture. Non, non, je ne suis pas traumatisée ! Mais il s’agit clairement d’une oeuvre qui marque par son ambiance malsaine et ses scènes violentes ou sexuelles parfois répugnantes. Âme sensible s’abstenir !

Chaque séquence, chaque dialogue, chaque détail ont leur importance. Rien n’est laissé au hasard. Le final est relié à l’introduction, chaque élément fait écho à un détail évoqué précédemment dans l’intrigue, ce jouant parfois sur plusieurs temporalités. La violence est omniprésente mais est dotée, la plupart du temps, d’un véritable sens, d’une symbolique précise. Tout est parfaitement orchestré et ficelé ! De quoi offrir une relecture riche ! J’ai d’ailleurs relu plusieurs passages.

L’aspect que j’ai particulièrement apprécié dans ce manga, c’est surtout le développement de l’intelligence artificielle du robot créé par le club : Litchi. Ce dernier utilise des litchis en guise de carburant et est programmé à l’aide d’une calculatrice dans l’objectif de capturer des filles. Litchi est comme un enfant, il faut tout lui apprendre, il ne connait pas la différence entre le bien et le mal, il ne comprend pas le concept de la beauté… Pourtant, celui-ci va évoluer et développer une conscience, influencé par Kanon, la collégienne séquestrée dans la base secrète du club. Une étrange relation entre eux va se tisser, le rendant petit à petit plus humain que ses monstres de créateurs. Cet aspect de l’intrigue est en réalité un clin d’œil à Je suis Shingo, un manga réalisé par Kazuo Umezu (un de mes auteurs favoris) en 1982 qui narre l’évolution de l’intelligence artificielle d’un robot nommé Shingo (lien vers la critique du premier tome). D’ailleurs, dans la pièce de théâtre d’origine, Kanon s’appelait en réalité Marine, en hommage à la protagoniste du même nom dans Je suis Shingo.

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J’ai ressenti également beaucoup de passion de la part du mangaka. Il met en évidence beaucoup d’éléments graphiques qui sont propres au théâtre (un domaine que je connais bien étant donné que j’ai moi-même pratiqué cet art) comme le maquillage de ses personnages, le côté très dramatique et exagéré des réactions, l’introduction du premier chapitre avec des rideaux de spectacle… et cherche vraiment à rendre un magnifique hommage à la troupe de théâtre qui l’a tant fasciné dans sa jeunesse. D’ailleurs, Hôsui Ameya, le fondateur de la compagnie Tokyo Grand Guignol s’est exprimé au sujet du mangaka en ces mots : « C’est le représentant le plus important à l’heure actuelle de l’esprit du Tokyo Grand Guignol actuel. Il faudra bien qu’un jour j’écrive pour lui quelque chose. » Usamaru Furuya a ainsi, en quelque sorte, réalisé son rêve, celui d’intégrer sa troupe de théâtre de rêve.

En ce qui concerne son coup de crayon, il nous offre un trait beau et fin avec de nombreux détails. Il dépeint aussi bien la beauté que la laideur, un mélange de contemplation, de saleté et de dégout. C’est vraiment magnifique !

Côté édition, Imho nous propose un gros volume bien souple, agréable en mains. L’illustration de la couverture attire l’œil et rappelle l’affiche d’une pièce de théâtre. Seul petit bémol, j’ai repéré deux « coquilles » en début de lecture. Sinon, c’est la première fois que je lis un manga de cette maison d’édition et je dois dire être vraiment satisfaite, l’ouvrage est de très bonne qualité et vraiment confortable pour lire. J’ai déjà quelques autres lectures de prévues chez cet éditeur comme La fille de la plage, La jeune fille aux camélias et Fraction.

Conclusion…

Litchi Hikari Club narre le destin funeste d’une secte de collégiens dans une atmosphère plutôt glauque et dérangeante. L’intrigue, extrêmement bien ficelée, prend aux tripes et explore de nombreux sentiments humains à travers des adolescents perturbés et un robot qui ne cesse d’apprendre. Attention, de nombreuses scènes sont particulièrement violentes et écœurantes, âme sensible s’abstenir. Ce n’est clairement pas le manga que je recommanderais à tout le monde mais je pense que cela pourrait beaucoup plaire à tout adepte du genre « horreur » voire aux lecteurs plus curieux qui souhaitent s’éveiller à de nouveaux styles au sein du manga. Litchi Hikari Club est, en tout cas, une oeuvre qui m’a subjuguée et particulièrement marquée.

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