Double Je

« C’est quoi cette justice qui innocente des assassins ?! »

J’avais tenté une première lecture de Double Je en 2015 avec les deux premiers volumes mais cela m’avait rendue tellement triste que j’avais préféré laisser la série de côté. Ce n’est que cinq ans plus tard, il y a donc quelques jours, que j’ai enfin décidé de reprendre ma lecture à zéro en lisant la série entière de cinq tomes d’une seule traite… Ce fut un véritable ascenseur émotionnel, une histoire qui m’a remuée de l’intérieur, qui m’a marquée !

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Double Je, de quoi ça parle ?

Kotori et Nobara sont sœurs jumelles. Bien que pourvues de caractères opposés, celles-ci s’entendent à merveille, il leur arrive même d’échanger leurs identités, ce pour diverses raisons. Leur famille se relève tout juste d’un terrible drame que le sort s’acharne une fois de plus sur elle… un membre de la famille se fait assassiner.

Mon avis…

Double Je a été une lecture particulièrement intense et éprouvante psychologiquement. Il m’a fallu quelques jours pour m’en remettre et lorsque j’ai eu fini la série, j’ai peiné à m’endormir, je me sentais énervée… En colère contre le monde. Ce manga a la particularité de toucher son lecteur en plein cœur, il a habilement joué avec mes émotions. J’ai été terriblement triste, j’ai eu quelques frayeurs et j’ai senti un horrible sentiment d’injustice envers certains événements de l’intrigue, des drames mais aussi des problèmes de société plus qu’alarmants…

Si la grande force de Double Je repose en partie sur les puissantes émotions qu’il procure, le titre est également pourvu d’une forme de dénonciation intéressante. En effet, son message est une véritable attaque envers une justice japonaise bancale qui m’aura fait, à maintes reprises, m’arracher quelques poignées de cheveux ! Impuissants, nous assistons à un procès long et fastidieux, même plus pour les victimes que pour l’accusé, à des journalistes et autres nuisibles qui harcèlent la famille sans même penser à leur peine… Nous sommes témoins de nombreuses situations révoltantes !

Le système démontre que ce n’est pas l’assassin qui paye… Au contraire, nous avons l’impression que la famille de la victime a été condamnée à mort, celle-ci s’effondre. Si certains cèdent à la folie ou au dénis, Nobara, elle, refuse d’abandonner et décide d’accomplir sa propre justice. Elle ne peut tourner la page… pas tant que le meurtrier ne sera pas sanctionné. Cela devient une véritable obsession et, au fil des années, alors que son entourage oublie progressivement la victime, elle reste fidèle à ses objectifs, même si personne n’arrive vraiment à la comprendre. Cet assassin a détruit sa vie avec celle de la défunte qui a été ainsi privée de tous ses futurs bonheurs. La colère et la tristesse de Nobara m’ont touchée, imaginer se retrouver à sa place était particulièrement angoissant. Ses réactions, guidées par la haine, m’ont semblé réalistes. Je me suis parfois vue en elle… Lorsque je suis en colère, je suis capable de tenir le même genre de propos qu’elle.

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Si la lecture est extrêmement prenante et oblige une lecture des cinq tomes d’affilée, l’intrigue souffre tout de même de quelques défauts comme des facilités scénaristiques un peu trop fréquentes, des sujets lancés mais pas toujours exploités… Je pense notamment à la question de la peine de mort ou aux conséquences d’un choix difficile effectué par Nobara dans le premier tome qui perdent en intensité de volume en volume. J’ai eu l’impression que l’autrice ne savait pas toujours où elle allait en écrivant, notamment au sujet d’un personnage qui doit être un comédien un peu trop doué pour la crédibilité de certains retournements de situation. Cela dit, même si l’intrigue n’est pas totalement maitrisée, les fortes émotions ressenties durant la lecture compensent vraiment cette faiblesse.

L’ambiance est sombre tout au long du récit, il s’agit d’une lecture assez dure qu’il vaut mieux ne pas entamer si vous vous sentez déprimé. Les drames, les difficultés psychologiques et les injustices s’enchainent jusqu’à la fin du cinquième tome qui se clôture tout de même sur une note positive, sur une lueur d’espoir.

En ce qui concerne le dessin, Reiko Momochi nous offre un trait doux et mignon qui tranche avec les thèmes graves de son manga ainsi qu’un découpage varié et dynamique. Elle met parfaitement en scène les passages émouvants et dramatiques qui gagnent ainsi en intensité.

Côté édition, Akata nous offre de très jolis volumes avec une typographie très mélancolique pour le titre, cela me fait penser à des ruines qui sont progressivement réinvesties par la nature. Les cinq volumes reconstituent une fresque sobre mais plutôt poétique sur les tranches.

Conclusion…

Malgré une intrigue un peu bancale, Double Je est une oeuvre inoubliable grâce aux émotions fortes qu’elle parvient à communiquer au lecteur ainsi qu’à sa dénonciation d’une justice japonaise qui peut se montrer parfois assez irrationnelle. Il s’agit d’une série qui se dévore rapidement, le lecteur se retrouvant vite en quête du dénouement qui pourra soulager ses frustrations. Les thèmes sont durs, il faut faire attention aux plus sensibles car cette lecture est émotionnellement assez éprouvante. Si vous cherchez un manga sur le deuil, la justice et la vengeance, si vous cherchez une histoire profondément touchante… Alors, Double Je est fait pour vous !

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