Tokyo Tarareba Girls Vol.1

« C’est bien beau de dire « y a qu’à, faut qu’on » mais en attendant, on prend de l’âge.« 

Akiko Higashimura devient de plus en plus populaire dans nos contrées. Si Princess Jellyfish n’avait peut-être à l’époque pas réussi à trouver un large public, ces derniers temps, nous pouvons être heureux de pouvoir suivre pas moins de trois séries de l’autrice à la fois : Le Tigre des Neiges et Tokyo Tarareba Girls chez Le Lézard Noir ainsi que Trait pour Trait, dessine et tais-toi chez Akata. Akiko a une personnalité pétillante et bien à elle, comme en témoigne, par exemple, sa très agréable interview présente dans l’un des plus récents numéros du magazine ATOM, une personnalité qui se retranscrit très fort dans ses œuvres, toujours portées par de petits grains de folie, caractéristiques de l’ambiance de ses univers.

J’espère toujours que son succès grandissant permettra prochainement une réimpression de Princess Jellyfish qui n’est plus disponible à la vente mais que j’aimerais beaucoup découvrir.

En tout cas, en attendant les potentielles bonnes nouvelles, parlons déjà du premier tome de Tokyo Tarareba Girls.

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Tokyo Tarareba Girls, de quoi ça parle ?

Rinko est une belle trentenaire, scénariste épanouie dans son métier et célibataire. Alors qu’elle passe encore une soirée dans un bar à s’auto-rassurer sur son avenir avec ses copines, un jeune et beau mannequin mystérieux, agacé par leurs discussions bruyantes les humilie et les traitent de « vieilles filles »…

Après cette rencontre, la vie de Rinko va prendre un tournant des plus désagréables, elle va devoir « se réveiller » si elle ne veut pas rester seule toute sa vie.

Mon avis…

L’ambiance du titre m’a conquise. L’histoire prend place dans un quartier chic de Tokyo où nous suivons le quotidien de Rinko, scénariste de webséries qui vient de fêter ses 33 ans…Le cadre idéal pour une série américaine classique à l’eau de rose. Cependant, l’autrice traite ses personnages et son intrigue avec originalité et modernité. Rinko et ses amies sont dans le déni, obsédées par le mariage mais s’auto-rassurant sans cesse autour d’un verre. Il n’y a qu’à… il n’y a qu’à… mais elles n’agissent pas. Elles se plaignent de leur célibat sans jamais réellement faire d’effort pour que cela change, persuadées d’être parfaites. L’autrice use d’une grande autodérision. Les dialogues et pensées des personnages sont drôles, tout est exagéré et décalé, de belles métaphores illustrées terminent d’embellir l’ambiance unique et haute en couleurs du titre. Rinko se retrouve régulièrement dans des situations embarrassantes qu’elle n’aurait jamais pu envisager à l’avance à cause de sa très forte confiance en elle. C’est ainsi que son égo en prend pour son grade et qu’elle se rend compte qu’elle n’est peut-être plus l’héroïne de sa vie.

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En tant que lecteurs, nos émotions oscillent entre compassion et dérision. « Elle récolte ce qu’elle a semé, elle l’a un peu cherché… » ou « La pauvre, elle ne méritait pas ça… » sont deux idées que j’ai ressenties à plusieurs moments durant ma lecture. La majorité du récit est humoristique mais la question de la vieillesse pour les femmes et de tout ce que cela implique peut faire réfléchir. Je n’ai pas encore trente ans mais je n’ai pu m’empêcher de me mettre à la place de ces trentenaires désespérées par leur vie sentimentale et je dois avouer que ça m’a tout de même fait un peu peur, c’est comme si, passé un certain âge, on perdait en valeur…Je trouve ça assez effrayant.

« Se faire porter par un homme après s’être cassé la figure parce qu’on a trop bu, c’est jusqu’à 25 ans.« 

Rinko prend conscience de ce problème et, vu son fort caractère, elle ne compte pas se laisser rabaisser…mais difficile de garder la tête haute quand le collègue qui n’avait d’yeux que pour elle passe à une cible plus jeune ou qu’on la retire d’un projet de websérie pour la remplacer par une scénariste plus jeune. Toutefois, un événement imprévu à la fin du tome risque de bouleverser sa vie et de lui redonner confiance en elle après la petite descente aux enfers qu’elle connait tout au long de ce volume, de quoi nous offrir une suite des plus croustillantes.

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A la suite du manga, nous pouvons découvrir quelques planches qui expliquent de manière humoristique d’où vient l’idée de l’histoire. On comprend ainsi le ton un peu caricatural de l’œuvre et la volonté du titre à vouloir faire réagir et remuer la protagoniste étant donné qu’Akiko s’est inspirée de ses propres amies pour écrire ses personnages et son intrigue. Un bonus très intéressant !

Côté édition, Le Lézard Noir nous offre un livre d’excellente qualité comme à son habitude. Par rapport à la couverture japonaise, les lignes du fond ont été un peu modifiées, les lignes courbes sont devenues droites et ont changé de position. Je trouve personnellement la couverture plus jolie ainsi. J’ai également relevé un petit détail très sympathique : le nom de l’autrice est écrit avec la même police que sur Le Tigre des Neiges. J’apprécie beaucoup ce raccord, très agréable pour l’esthétique de sa collection.

Conclusion…

Je conseille vivement Tokyo Tarareba Girls. L’ambiance y est dynamique, originale et drôle, mélangeant une petite dose de mélancolie dans une marmite d’humour. De plus, le titre aborde un thème encore peu abordé dans le manga francophone actuel, il est traité avec modernité, réalisme et auto-dérision qui plus est.

Le tome 2 sort déjà en novembre, j’ai vraiment hâte de découvrir la suite des aventures de Rinko.

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