Dragon Head

« Dès le début, j’ai senti qu’il y avait quelque chose dans l’obscurité…J’y ai vu un monstre, là, tout au fond…Un monstre qui, petit à petit, a tenté de me dominer ! »

Un mois avant ma naissance, Minetaro Mochizuki démarrait sa série culte : Dragon Head. Ayant découvert l’auteur avec Chiisakobé il y a plusieurs mois, j’avoue ne pas avoir fait directement le rapprochement tant ces deux séries sont différentes l’une de l’autre. Dragon Head est une série vraiment sombre qui marque et interpelle avec une ambiance à la Walking Dead. Cette lecture a été, pour moi, une expérience forte. Voilà pourquoi j’ai décidé d’écrire à son sujet.

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Dragon Head, de quoi ça parle ?

Sur le trajet du retour d’un voyage scolaire, le train déraille et se retrouve totalement enseveli sous un tunnel effondré. Seuls trois élèves survivent et se retrouvent dans l’obscurité la plus totale. Ils vont devoir survivre en attendant les secours…qui ne semblent pas près d’arriver.

Mon avis…

L’ambiance du titre est incroyablement sombre, oppressante, pesante, lourde…grâce à une prédominance marquée du noir mais surtout à une narration très lente parfois proche du contemplatif qui accentue le sentiment de perdition des personnages. On est perdu, on ne sait pas où on va ni comment y aller, on sait plus qui on est, ce qui est bien ou mal…Tout est lent, un peu comme si le temps s’était arrêté, comme si plus rien n’avait d’importance. Les protagonistes vont tanguer entre différents états d’esprit, passant sans cesse de l’espoir au désespoir, sombrant parfois dans la folie lorsque la réalité devient trop difficile à supporter.

L’auteur prend le temps d’explorer la psychologie de ses personnages, il semble même accorder davantage d’importance à leurs introspections qu’à l’action de son récit. Et ça, c’est un point que j’ai particulièrement apprécié dans ce titre, ce qui le rend si particulier. On ne suit pas une simple histoire mais une évolution de pensées racontée par le biais d’une histoire, tout est dans la nuance. Les événements s’enchainent lentement, ce qui laisse davantage de place pour la contemplation de l’environnement ainsi que pour les réflexions profondes et internes des personnages qui se retrouvent en proie à la peur.

« Je ne veux pas…mourir ! J…J’ai peur…J’ai peur…

Y A QUELQUE CHOSE, LA-BAS ! AAAAAAH ! »

En effet, au-delà d’un simple récit de survie, il s’agit d’une réelle exploration des comportements humains face à la peur. Lors de cette aventure, les protagonistes vont vivre des choses bien dures et rencontrer de nombreux personnages, tous très différents avec leurs gestions personnelles de la peur. Certains vont sombrer dans la folie et perdre toute rationalité, toute moralité, d’autres optent pour la fuite ou encore le déni. Ce qui est certain, c’est que le monde n’est plus le même qu’avant et ne le redeviendra probablement jamais, une réalité qui effraie et pousse l’humanité dans ses extrêmes. Le titre « Dragon Head » se révèle d’ailleurs être une référence directe à la peur ou à son absence.

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Si l’auteur développe énormément les pensées de ses personnages et dessine ses planches dans un style assez contemplatif avec de nombreux points de vue d’une même scène sur la même planche, l’intrigue n’en demeure néanmoins pas en reste. Tout au long de la série, l’auteur tient le lecteur en haleine, usant habilement de divers rebondissements, de rencontres insolites, d’un certain art du suspense….jusqu’à lui offrir une fin cohérente à l’image de l’ensemble de son histoire. Il s’agit d’une série qui se dévore, qui rend accro…L’envie de savoir si les protagonistes vont réussir à rentrer chez eux, l’envie de connaitre la vérité derrière la « catastrophe », ces envies sont puissantes et poussent à lire le récit jusqu’au bout une fois lancé.

Le titre présente des scènes très dures sans pour autant plonger dans le gore gratuit. Il y a des cadavres mais cela reste assez soft, il n’y a pas d’entrailles à l’air ou d’autres choses peu ragoutantes du genre. L’auteur préfère jouer sur l’horreur psychologique plutôt que sur l’horreur du « dégout », je trouve ce traitement intelligent, l’impact n’en est que plus impressionnant. Des scènes traumatisantes et éreintantes, il y en a…mais sans surenchères ou effusions de sang inutiles.

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Côté édition, je possède la première version de la collection Pika Graphic qui propose un format plus grand que la moyenne, de quoi profiter pleinement de l’univers graphique du mangaka, ça en vaut vraiment la peine. Dragon Head va être réédité le 20 janvier 2021, toujours dans la collection Pika Graphic, avec des couvertures plus modernes. Je vous conseille de vous la procurer si vous ne possédez pas encore la série.

Conclusion…

Dragon Head explore la nature humaine dans ses derniers retranchements, ses personnages sont confrontés à des situations horribles et doivent affronter leurs peurs afin de survivre dans un nouveau monde beaucoup plus hostile que le précédent. Un titre marquant, sombre et dur qui se dévore sans modération. L’action y est lente et pesante, elle contribue à l’atmosphère angoissante qui règne dans l’œuvre où l’introspection et les guerres psychologiques sont reines. Ma série préférée de l’auteur pour l’instant. Je compte découvrir Tokyo Kaido prochainement.

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