Basara

Cette semaine est particulière puisqu’il s’agit de l’annuelle « Semaine Shôjo », un événement organisé chaque année par le Club Shôjo. A cette occasion, de nombreux blogueurs sont invités à écrire, à répondre à une question commune. Celle de 2021 est la suivante : « Quel Shôjo vous invite le plus à l’évasion ?« 

Je venais justement de terminer de lire la série Basara et cela m’est directement apparu, tel une évidence. Il n’y a pas meilleur Shôjo à mes yeux pour parler de voyages ! En plus, je comptais de toute façon écrire au sujet de ce manga qui a été un réel coup de cœur. J’en profite donc pour faire d’une pierre deux coups ! Je remercie vivement le Club Shôjo pour son invitation et je vous souhaite une excellente lecture !

Pourquoi Basara ?

Il y a plusieurs raisons qui m’ont convaincue de choisir cette série :

Basara fait partie des premiers Shôjos à être parus en France. Il est même le premier de la collection « Shôjo » édité par Kana. On part donc sur un véritable monument de sa catégorie.

♪ Le décor y change sans arrêt. Les personnages ne cessent de voyager, de faire de nouvelles rencontres, de découvrir de nouvelles civilisations, de nouveaux systèmes politiques, de nouvelles végétations…Bref, je développerai plus bas mais les personnages grandissent et évoluent vraiment à travers un voyage permanent. La série nous montre à quel point voyager est enrichissant. Forcément, ça donne envie…

♪ Je souhaite créer de la visibilité pour cette série ainsi que son autrice, Yumi Tamura. Basara est une série incroyable mais, malheureusement, elle n’est plus disponible sur le marché aujourd’hui. Pourtant, elle mériterait une réédition digne de ce nom. Cependant, l’autrice semble boudée dans nos contrées… 7 Seeds, une autre série de Yumi Tamura, n’a d’ailleurs jamais été publiée jusqu’au bout par Pika. Les espoirs renaissent néanmoins avec Noeve Grafx qui va sortir une autre de ses séries, Don’t Call it Mystery, le 14 mai. C’est le moment où jamais pour les fans de faire du bruit, j’espère réellement un regain d’intérêt des lecteurs et éditeurs pour Yumi Tamura. D’ailleurs, si vous souhaitez en savoir davantage, je vous conseille de regarder la vidéo de Chloé qui en parle avec beaucoup de passion : lien.

Basara, de quoi ça parle ?

Dans un monde post-apocalyptique aux airs à la fois antiques et médiévaux, le peuple japonais est oppressé par la famille royale qui dirige avec égoïsme et cruauté. Cependant, Tatara, un enfant élu, nait dans le désert. La prophétie le qualifie de sauveur pour son peuple. Le roi rouge ne compte pas laisser la prophétie s’accomplir et fait assassiner l’enfant prodige. L’espoir semble réduit à néant et pourtant, Sarasa, la sœur jumelle de l’élu qui avait jusqu’alors grandi dans son ombre, choisit de prendre sa place et de devenir Tatara. La résistance est ainsi lancée.

La série est bouclée en 27 volumes.

Mon avis ?

Basara raconte une histoire poignante. Une fois commencée, celle-ci nous tient directement en otage et nous donne envie de rapidement enchainer les nombreux tomes. En général, je m’éparpille dans mes lectures, je picore dans toutes mes séries à la fois mais, ici, j’ai pratiquement tout mis en suspens pour me concentrer sur Basara. C’est assez rare pour être souligné, l’intrigue est vraiment prenante.

C’est dynamique, on ne cesse de bouger, de changer de décors…J’ai directement senti que l’autrice était fan de JRPG à la Dragon Quest. L’héroïne voyage d’un endroit à l’autre à la recherche de compagnons d’armes. Son principal ennemi est le roi rouge, elle est au départ guidée par la vengeance : prendre la vie de celui qui a tué son frère. Avec cette motivation, elle va parcourir tous les recoins du japon pour donner de l’espoir au peuple et ainsi former une armée de rebelles. Renverser la famille royale et faire du Japon un pays paisible où personne ne risque de se faire assassiner ? Un rêve ambitieux et un scénario qui semble simpliste sur le papier…Pourtant, l’autrice va, à partir de cela, construire une intrigue riche et pleine de rebondissements, des réflexions censées et profondes, des personnages variés et développés. Dans son univers, rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir, tout est plus complexe qu’il n’y parait.

Sarasa alias Tatara va, à de nombreuses reprises, se retrouver assaillies de doutes. Impossible de sauver le Japon sans faire de dommages collatéraux, sans se faire d’ennemis, ça va vraiment la ronger. Elle va se demander si ce qu’elle fait est vraiment juste, si elle fait réellement partie du côté des « gentils », si les méthodes utilisées sont les bonnes, s’il n’y a pas de meilleures solutions…Elle modifiera plusieurs fois son objectif en fonction des rencontres et voyages qu’elle fera. Elle est sans cesse sous pression, l’espoir de toute une nation pèse sur ses épaules. De plus, renier son identité pour prendre celle de son frère va énormément l’affecter et rendre son fardeau encore plus lourd. Parfois, elle voudrait redevenir elle-même, la jeune femme d’avant. Et c’est ce besoin qui va créer une de mes romances préférées, toute fiction confondue.

En effet, lors de ses nombreux voyages, il lui arrivera de croiser la route de Shuri, un homme taquin et mystérieux. Un lien se crée immédiatement entre les deux et, avec lui, elle peut simplement être Sarasa sans lui parler de son identité de révolutionnaire. Chacune de leur rencontre est un véritable petit instant de bonheur et leur amour ne fera que grandir au fur et à mesure de l’intrigue. Même quand ils ne sont pas ensemble, ils pensent l’un à l’autre, correspondent par lettres…Et une force mystérieuse finit toujours par les rassembler. Sans le savoir, ils sont liés par une prophétie. En effet, les apparences sont trompeuses et nous apprenons dès le départ que Shuri est en réalité le roi rouge, le roi que Sarasa rêve de tuer. C’est ainsi que nous suivons l’histoire d’amour passionnelle entre deux êtres qui se haïssent sans le savoir, ce qui est à la fois fascinant et tragique. Durant toute la série, la révélation et la confrontation fatidique sont vivement attendues et cette scène est finalement tellement puissante que ça met le lecteur en émoi. Le moment où ils découvrent leurs identités respectives est l’un des passages de manga qui m’a le plus marquée, j’ai été prise aux tripes.

En tout cas, les suivre durant toute la série, qu’ils avancent ensemble ou séparément est vraiment très intéressant. Ils voyagent chacun dans un objectif différent mais plus ils avancent plus nous nous rendons compte que leurs visions du Japon se rapprochent au fur et à mesure. Au même titre que Sarasa, Shuri va devoir traverser bien des épreuves et faire de nombreuses rencontres qui vont le changer. A l’étranger, il découvre par exemple un système d’élections pour élire un dirigeant. Lui qui pensait que la naissance était le seul critère pour régner va énormément se remettre en question. Et quand il décompresse avec Sarasa, il est amusant de le voir lui faire découvrir des spécialités culinaires dont elle n’avait jamais entendu parler, vu qu’elle vivait dans la pauvreté au sein d’une zone hautement désertique.

Nous explorons tellement de régions différentes : du désert aux viles côtières en passant par des pleines enneigées et des forêts luxuriantes. Sarasa se trouve dans une découverte du monde perpétuelle et son émerveillement ou sa déception sont passionnantes à suivre. D’ailleurs, avec Shuri, ils vont partager un rêve commun de voyage qui sera développé vers la fin de la série. En tout cas, cela donne tellement envie de voyager ! En plus, les personnages sont originaires de nombreux endroits du Japon et sont issus de milieux sociaux variés, ce qui crée une vraie richesse pour la palette de personnages où se côtoient aussi bien d’anciens esclaves et pirates que des journalistes voire membres de la noblesse. Ils sont très différents mais tous bien développés et liés les uns aux autres. Chacun a son rôle à jouer et apporte une intéressante facette à l’intrigue.

Une intrigue qui est d’ailleurs souvent très sombre. Les personnages sont en guerre, ils côtoient la mort à chaque instant. Le ton de la série est régulièrement assez sombre, nous assistons parfois à des scènes très dures. Certains personnages se font torturer, violer voire massacrer gratuitement. Ce n’est pas montré de manière très explicite, c’est beaucoup moins trash que ce qu’on peut voir dans Berserk mais la dureté psychologique de ces passages est tout de même bien présente. La haine engendre la haine et c’est petit à petit que Sarasa va réussir à s’en détacher, à s’apaiser, à oublier sa vengeance…

En effet, au lieu d’utiliser systématiquement la force, Sarasa va apprendre à communiquer avec ses adversaires, à créer des alliances en usant de diplomatie. Une grosse partie de l’intrigue se base sur la politique, on évoque les problèmes liés à la monarchie, les avantages et inconvénients de la démocratie, les magouilles et autres trahisons politiques.

« Nous pensions que Tatara jouait aux Dames alors qu’en réalité il jouait à Othello ! »

Nous assistons tout de même à quelques batailles plutôt épiques, en particulier la dernière qui oppose Tatara au roi rouge.

En ce qui concerne le coup de crayon, c’est un style qui peut déplaire au premier abord, il ne rentre pas dans le moule actuel, il fait vieillot et parfois un peu brouillon. Néanmoins, cela n’empêche pas la beauté de certaines planches, quelques-unes d’entre elles se sont gravées à l’indélébile dans ma mémoire. Puis, si le dessin rebute, on s’y habitue assez vite. Personnellement, j’ai très vite adhéré. Je n’accroche pas vraiment au style très lisse à la mode du moment et le trait rétro de Yumi Tamura m’a donc rapidement charmée. J’adore les gros-plans sur les visages ou les double pages.

En conclusion ?

Pour moi, Basara est vraiment un manga incontournable, un pilier du Shôjo. Il a inspiré bon nombre de mangas d’aventure après lui (Yôna Princesse de l’Aube, Le Tigre des Neiges…). C’est épique, vibrant, émouvant…ça donne envie de partir à l’aventure avec la troupe de l’héroïne, de découvrir le monde et le fonctionnement des pays voisins. C’est aussi une romance fascinante et marquante, des personnages variés et intéressants, un univers riche et une histoire passionnante. Cette série, je compte bien la relire dans quelques années tant elle m’a plu. J’espère qu’une réédition verra le jour pour que tout le monde puisse enfin en profiter de nos jours et que l’autrice reçoive la reconnaissance qu’elle mérite. Pour cela, je vous invite à découvrir Don’t Call it Mystery qui sera normalement disponible dans deux semaines afin de soutenir l’autrice aux yeux des éditeurs.

Je remercie encore une fois Club Shôjo pour son invitation à cette belle semaine de rédaction et j’espère que ma participation vous aura plu.

Les autres participants :

Papa Lecteur

Euphoxine

Yaoi Cast

Le Chapelier Fou

Chroniques d’un Vagabond

Le blog de l’Apprenti Otaku

Les Blablas de Tachan

Violette Scribbles

Songe d’une Nuit d’été

2 thoughts on “Basara

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