Chihayafuru

« Un rêve, ça doit concerner la personne qui le fait et pas quelqu’un d’autre. »

Ces derniers jours, j’ai dévoré la série Chihayafuru éditée par Pika. Elle n’est pas encore terminée, seulement 35 tomes sont sortis chez nous pour le moment contre 46 au Japon, le manga est toujours en cours de publication. En général, je préfère attendre d’avoir lu l’entièreté d’une série avant d’en parler ou bien me limiter aux premiers tomes lorsqu’il s’agit d’une nouveauté…Alors pourquoi parler de Chihayafuru maintenant ? Tout simplement parce que ce manga a besoin de visibilité et que je ne souhaite pas attendre entre 5 et 10 ans pour pouvoir écrire à son sujet. Chihayafuru est un si gros coup de cœur qu’il serait assassin de ne pas le mettre en avant.

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Chihayafuru, de quoi ça parle ?

L’histoire d’une rencontre, d’une passion…

C’est à l’école primaire que Chihaya va devenir amie avec Arata, un nouvel élève mis de côté par les autres. Ce dernier va lui partager sa passion pour le Karuta : un jeu/sport de cartes qui repose sur les 100 poèmes Hyakunin Isshu (un recueil de 100 poèmes issus de 100 poètes différents). C’est ainsi que Chihaya se révèle et se trouve un objectif de vie : devenir la meilleure joueuse de Karuta au monde. Avec Taichi, son ami d’enfance, et Arata, ils y jouent et s’entrainent ensemble. Malheureusement, à la fin des années primaires, les trois amis doivent se séparer. Cependant, cette passion les lie à jamais et il se pourrait bien qu’elle les réunisse à nouveau…

Mon avis…

Chihayafuru est une série très appréciée par ses lecteurs. Pour preuve, elle a remporté le tournoi Shojo 2013 sur Manga News (l’année de Blue Spring Ride) et se trouve même répertoriée dans la catégorie « Manga incontournable » du même site. Pourtant, le titre semble souffrir d’un manque de popularité probablement dû à son thème très spécifique et centré sur le Japon. En effet, un manga qui parle d’un jeu de cartes que personne ne connait à part les Japonais et auquel on ne peut pas jouer à cause de la barrière de la langue, cela ne vend pas du rêve. Du moins, c’est ce que je pensais aussi avant de lui laisser sa chance. Maintenant, je regrette d’avoir attendu 2021 pour découvrir ce bijou.

Finalement, ce fameux « Karuta » dont nous ignorons tout est tellement bien expliqué, tellement bien mis en place, tellement passionnant que cela donne envie au lecteur étranger d’apprendre le japonais pour pouvoir, lui aussi, y jouer. Si cela provoque déjà cette irrationnelle envie ressentie de ce côté du globe, je n’ose imaginer quel impact ce manga peut avoir sur le sol nippon. Je ne serais pas étonnée que ce sport ait gagné en popularité depuis sa publication. Ce qui m’a vraiment plu dans ce jeu, c’est qu’il s’agit finalement d’une épreuve à la fois littéraire, logique et sportive. En gros, il faut mémoriser 100 poèmes japonais de référence, chacun d’eux est écrit sur une carte. Cela se joue en duel, un récitant prononce le début d’un poème, le joueur qui touche la carte associée en premier gagne la carte.

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Cela parait simple de premier abord mais en réalité, il existe tellement de stratégies, de manières de jouer, de spécificités…que cela en fait un jeu extrêmement riche. Le manga nous fait découvrir de nombreux joueurs, tous hauts en couleurs, il y a finalement autant de styles de jeux que de personnages.

D’ailleurs, les différents personnages de la série sont probablement la plus grande force du manga. Ce dernier nous propose d’abord un noyau de trois amis à l’époque de l’école primaire auquel le lecteur ne peut que s’accrocher tant ils sont développés et différents : Chihaya, enjouée et passionnée, Arata, mature et perfectionniste, Taichi, sérieux et déterminé. Arata a appris à jouer au Karuta avec son grand-père et est affiché comme le joueur imbattable dès le début de la série. Chihaya découvre le sport en jouant avec Arata et se révèle avoir un certain don, elle dont le seul rêve était de voir sa grande sœur réaliser le sien, trouve enfin celui qui lui est propre. Taichi est jaloux d’Arata et refuse d’être moins doué que lui alors qu’il a toujours été le meilleur en tout. Puis, Chihaya se passionne pour ce jeu, il veut la suivre. Le principal triangle amoureux de la série nait donc dès les années primaires et continuera encore à se développer au lycée sans pour autant être omniprésent dans l’intrigue. Personnellement, je les aime tous les trois, autant l’un que l’autre. Il m’est arrivé de pleurer avec eux lors de ma lecture.

Le noyau est donc déjà particulièrement solide mais, à partir du deuxième tome et donc de la période du lycée, une ribambelle de personnages supplémentaires feront également leur apparition au fur et à mesure du récit. De nouveaux amis, rivaux, professeurs…Tous apportent une nouvelle dimension à l’univers et contribuent à le rendre de plus en plus riche. Qui qu’ils soient, ils finissent toujours par revenir plus tard dans la série voire carrément de manière régulière. Ils sont très nombreux mais évoluent tous à leur niveau, certains personnages secondaires passent dans la catégorie des principaux en cours de route et des liens qu’on n’imaginait pas finissent par se tisser. Chacun est un morceau de l’histoire de quelqu’un d’autre, chacun est maitre de ses rêves et de ses ambitions. Cette rencontre entre tous ces passionnés au sein du manga est d’une beauté incroyable.

La longueur de la série contribue à développer tous ces personnages. Nous ne tournons pas en rond, nous avançons à bon rythme et l’environnement change, l’entourage évolue. Le nombre élevé de tomes est donc, pour moi, une force qui a peaufiné avec soin et délicatesse son univers au fil du temps. Pour l’instant, au tome 35, nous approchons de la fin du lycée. Je me demande quelle dimension prendra la série avec l’entrée à l’université du trio de base, je suis impatiente de découvrir la suite.

On assiste à de nombreux tournois tout au long du récit. En général, c’est un aspect que je trouve barbant, des tournois et compétitions m’ont souvent fait décrocher des séries que je suivais. J’avais donc quelques appréhensions à ce niveau-là mais finalement chaque match est tellement intense et prenant qu’il est juste impossible de décrocher. J’ai adoré chaque affrontement !

Puis, au-delà de la compétition, Chihayafuru est un manga qui traite de sentiments particulièrement forts à travers ses personnages : la solitude, le fait de se sentir incompris et d’être rejeté par sa différence ; l’égo, accepter la défaite malgré les nombreux efforts fournis, accepter de ne pas être le meilleur ; le deuil, l’impact de la disparition d’un être cher, d’un cœur brisé ; l’amitié, sortir de l’individualisme et s’intéresser aux autres, faire des efforts pour un groupe et pas uniquement pour soi ; la vieillesse, perdre des capacités acquises dans sa jeunesse, les regrets…Des thèmes maitrisés et vraiment bien traités, beaucoup de scènes très émouvantes.

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En ce qui concerne le coup de crayon, nous avons affaire à un trait fin et délicat. Les personnages sont tous reconnaissables, les planches sont magnifiques, l’intensité de certaines scènes est parfaitement bien retranscrite, le découpage est dynamique et la mise en scène parfaite ! Chaque couverture est une œuvre d’art ! Je suis sous le charme du style de Yuki Suetsugu. Je ne sais pas si elle fera un autre manga lorsque Chihayafuru sera fini mais si c’est le cas, j’achèterai sans aucune hésitation.

Côté édition, Pika propose un format un peu plus grand que celui du Japon (j’ai pu comparer vu que j’ai trois exemplaires en version originale). Une numérotation des poèmes a été ajoutée pour aider le lecteur à mieux s’y retrouver, une excellente idée ! Puis, des cartes de Karuta sont offertes avec les premiers tomes. Ainsi, le lecteur peut posséder son propre jeu. Franchement, je trouve ça top, l’éditeur a pris de bonnes initiatives pour rendre la série la plus attractive possible. Aujourd’hui, quelques tomes sont malheureusement en rupture de stock mais l’éditeur a communiqué que la réimpression des volumes concernés était en cours de discussion. J’espère vraiment que cela va se confirmer, il me manque toujours trois tomes (les 11, 17 et 21) que j’ai dû combler en allant à la bibliothèque.

Pour les amateurs d’animation, il existe également une série animée pour Chihayafuru. Je n’ai pas encore eu l’occasion de la visionner mais les personnes pour qui c’est le cas dans mon entourage m’ont confirmé qu’ils avaient ressenti les mêmes forces que moi lors de ma lecture. J’imagine donc que la version animée doit être très bonne.

Conclusion…

Cette série longue est une perle dont l’univers ne cesse de s’enrichir, les personnages de s’étoffer et d’évoluer. L’intrigue est prenante et fascinante, le thème qui peut rebuter se révèle être passionnant au point de donner envie au lecteur de jouer lui-même au Karuta. Les personnages et les relations qu’ils entretiennent évoluent et s’entremêlent. C’est un manga qui parle avant tout de passion « avec un grand P » et de rencontres. Je suis rarement passionnée par un manga au point d’enchainer une trentaine de tomes sur un aussi court laps de temps. Bref, essayer Chihayafuru, c’est l’adopter ! Alors, donnez-lui une chance!

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